REVIEWS / Abstract evening



Autre belle découverte sur ce consortium, le toulousain Thomas Bel, lui aussi auto-produit et seul aux manettes. Sa musique rêveuse et essentiellement instrumentale nous évoquerait plutôt un climat nordique à vrai dire, dans un havre spirituel de solitude, où le temps n’a plus prise sur soi. Intimiste, mais sûrement pas ennuyeux, comtemplatif sans être paresseux, cet univers cotonneux mérite qu’on y vagabonde quelques minutes, notammant pour le superbe titre Comfort.
(Songs to the sirens. Août 2006. FR.)



Even though he hails from the Southern, busy city of Toulouse in the South of France, Thomas Bel’s “Abstract Evening” seems better suited to long rainy afternoons or snowy landscapes, such as the one that can be seen on his myspace page. Indeed, the music created by this young man who says he is influenced by Sigur Ros and Stafraenn Hakon is full of quiet melancholy and peaceful broodings, which brings a lot to mind early Labradford or Mogwai without the anger and blasts of noise. Thomas Bel only uses guitars to create his own nostalgic and forlorn mood, and his voice to express feelings which are not quite despair or dejection, but a rather comfortable and warm melancholy, as is the case on “Comfort”. There are no drums, loops, keyboards or numerous arrangements; his music, like his album cover, is deeply minimalist and stripped to the bone, without ever sounding bare or stark. His pieces of music flow easily but make you want to hear what’s next, and the listener never wants it to end and wants to keep on listening to the tracks again and again, resting warmly in waves of sounds. Moreover, the song titles say it all: “Comfort”, “The Finest Moment to Breathe”, “Quiet Souls in a Quiet Place”. All is quiet and sweet, reassuring and comforting, honest and straightforward, pure and true in his music. Thomas Bel’s album should be listened by fans of ethereal music and art in general, including films or photographs such as Rinko Kawauchi’s, for example. He speaks the language of peace and dreams, and it’s so rare to find such deliquacy in the French music scene. Even though it is divided into eight songs, the record makes sense as a whole. As a matter of fact, all songs are based on a pattern of repetition and echoes: a guitar starts playing a simple melody, then another guitar starts playing another one, etc… until the song finally becomes very soulful and reaches a sort of climax. Sometimes it works really well, especially when Thomas Bel starts singing with his very beautiful whispery voice on top of the music he has created, and the result can be really overwhelming as is the case on “Comfort” , “Film Sequence” or on the instrumental piece “Distance”. This pattern of repetition can be found not only within the songs but within the record as a whole, “The Finest Moment To Breathe” bearing a lot of resemblance to the first track “Blank”, while “Reliance” and “Quiet Souls in A Quiet Place” sound as two parts of the same song. Some people may find it somewhat repetitive or a bit dull, but they would miss the point: Thomas Bel’s music is essentially hypnotic, it aims - with very modest means: there are no guitar hero “tricks” nor corny solos on the record - at creating a very comfortable atmosphere in which the listener can relish or relax. “Abstract Evening” never sounds obtrusive or disturbing, even though some “accidents” might have been welcomed. This is only a minor flaw, however, and Thomas Bel’s “Abstract Evening” is perfect music to daydream to, fall asleep to, watch rain or snow fall to. It is a very promising and enjoyable first record, and we’re definitely waiting for the next one, hoping the music will be a little more obtrusive and a little less comfortable. As Thomas says on his myspace page: “We’re here to feel…”. He is definitely here to make us feel very lovely things, and we are definitely here to listen. Stand out tracks: “Film Sequence”, “Distance”, “Comfort”.
(Slug. Past all concerns. Juin 2006. FR.)



Je file dans des contrées plus abstraites. Celles empruntées par la musique de Thomas Bel. Tout en arpèges et réverbérations. C’est sur Abstract Evening que le musicien, originaire de Tournefeuille, exprime son savoir-faire. Alors bien sûr on pourrait évoquer toute la généalogie post-rock pour identifier le travail de Thomas Bel. Seulement écrire que ce disque est l’idéale bande-son pour accompagner une balade contemplative. Pour filer doux à travers les sentiers lumineux. Voilà.
(Attica. Avril 2006. FR.)



Né à Toulouse en Novembre 1981, converti à la guitare en 1996 et s’essayant au songwriting depuis 1998, Thomas Bel sort ici un premier album. Aux dimensions esthétiques pourtant étonnantes lorsque ce dernier avoue certes un amour pour le post-rock atmosphérique et doux de Sigur Ros, Stafraenn Hakon mais surtout pour celui plus énervé de Mogwai, GYBE et Explosions in the Sky et encore pour celui plus noise, métal et brutal de formations telles Isis ou Pelican. Car de coup de sang, d’écume rageuse ou de piétinements nerveux, pas la moindre trace ici, tout n’est que douceur, mélancolie planante et attachante, dérives atmosphériques qui le rapprochent plus nettement de ces Sans Arc, Chuzzlewit ou Motodestra, et particulièrement du Stafraenn Hakon des débuts. ‘Abstract Evening’ est donc un beau disque de post-rock atmosphérique et planante, entièrement mené par de la guitare électrique réverbérée, agrémentée de quelques vocaux intimistes et chuchotés sur certains titres. Rien de férocement novateur mais des développements sincères et touchants où l’on se perd, facilement capturé par des pensées contemplatives, dans un ralentissement de battements cardiaques qui nous laisse dans une lucidité vaporeuse. C’est un peu comme une longue ballade en solitaire, le long de pentes boisées et montagneuses, entre sentiers, rivières et prairies fleuries. ‘Blank’ est une jolie ballade par temps clair, au cœur de cathédrales de glace, que ce soit iceberg, glacier, banquise ou sommets enneigés, cette même sensation d’immensité, de froid engourdissant et de pureté lumineuse et minérale. ‘Film Sequence’ montre un jour plus touchant, la guitare devient quelque peu intimiste lorgnant un tout petit peu du côté de Durutti Column ou de l’Album Leaf des débuts, mais surtout sur le dernière partie de cette plage de neuf minutes, on découvre le voix tendre et profonde de Thomas, déployant une mélancolie éthérée dont les effets chaleureux et vivifiants sont proches de ceux des premiers rayons du soleil réchauffant une peau frissonnante. ‘The finest moment to breathe’ c’est un peu comme se prélasser au soleil en début de printemps, sentir son pouvoir calorifique rougir nos paupières fermées tandis qu’une béatitude ronronnante s’empare de nous. Une basse intervient sur ‘Distance’ ce qui offre de nouvelles dimensions à l’écriture de Thomas et rend le morceau plus émouvant, songeur et grandiose, un ciel immense, une nuit se termine, bleuit puis rougit au fur à mesure que s’annonce l’aube. Sur ‘Overall Picture’, le chant revient tel un murmure mais les guitares sont particulièrement touchantes et nous étreignent dans leur éther bleuté. Le chant fait une entrée en force sur ‘Comfort’ mais reste en retrait et planant, lui donnant une allure dreampop recueillie. L’album se termine par deux instrumentaux, ‘Reliance’ et ‘Quiet souls in a quiet place’ qui ne vont en rien dévier de la ligne suivie jusqu’ici, ni nous en apprendre plus. Thomas Bel a une sensibilité exquise et le talent de créer des ambiances planantes et recueillies, il lui restera à travailler un peu plus les nuances et une certaine prise de risque pour passionner plutôt que charmer, afin que cette relation entrouverte ici se construise dans la durabilité et soit pour nous auditeurs promesse de surprises futures.
(Didier Goudeseune. Derives. Février 2006. BL.)